fenetres

Alors que je photographiais la rivière, la notion de fractales étaient présentes à mon esprit. J'ai téléchargé mes images et j'ai ouvert celles qui me semblaient intéressantes. J'ai utilisé un sélecteur d'image ligne par ligne pour choisir les zones colorées. Sur un nuancier, j'ai vu une teinte particulière qui se trouvait dans les pôles de couleur. Il y avait plusieurs couleurs ternes, les bruns et kaki des rivières; par contre, aux pôles opposés se trouvaient les roses et verts vifs. J'ai imprimé les acétates sur la base de ces manipulations. J'ai choisi les différentes sections de couleurs et de formes de mes photographies pour déterminer une sous-couche de couleurs complémentaires sur laquelle je peignerais à la manière de tissages les lignes d'une image aquatique.

C'était mon intention de laisser certaines régions de mon œuvre, les fenêtres, non peintes. Elles étaient la conséquence d'une lumière du soleil forte dans mes photographies. Elles ont été générées dans le cadre de mon travail avec un programme d'imagerie qui sépare les images en sections de couleur. Je suis devenue sensible aux configurations récursives que je constatais dans le monde naturel. Fait important : par l'entremise d'algorithmes, je pouvais voir, littéralement, les formes se mouvoir comme elles le font naturellement. Les mathématiques généraient des formes récursives, semblables par elles-mêmes, comme le fait la nature.

Lorsque je regarde autour de moi, je suis portée à tenter de comprendre les choses par l'entremise d'un médium; les peintures ont plus de signification qu'un simple reflet. C'est comme un air de musique que je n'arrive pas à identifier. J'imagine voir des fenêtres dans l'eau. À mon œil, une rivière est un lieu, au même titre qu'une maison. Lorsque je m'y attarde, ce dont je me rappelle est plus profond que de simples souvenirs. Mon œuvre porte sur ces associations que je développe en signification. Mes juxtapositions, aussi polémiques soient-elles, se manifesteront dans les descriptions d'une existence intérieure qui pourrait trouver un écho chez d'autres personnes qui n'ont pas un moyen d'exprimer clairement une expérience précise.

La peinture décrit la manière dont je vois les choses. Il va sans dire que je ne connais pas tout. Je ne vois pas l'entropie, les dimensions multiples ou le monde invisible que notre intelligence ne peut pas verbaliser. Nous en savons très peu à propos de l'esprit. Cela m'inspire à être pleinement consciente du monde qui m'entoure. Lorsque je me retrouve en forêt, j'aime prendre des pauses.

 

ressonances

Résonnances, 2013
acrylique sur toile
160 X 200 cm

anaphore

Anaphore, 2013
acrylique sur canevas
160 X 200 cm

 

Plus je peins, plus tout me semble plus clair. Je fais partie de ce tout au même titre que la nature. Je produis quelque chose et alors que je suis dans le processus, il y a récursivité. Cette dernière occupe un échelon très bas dans l'échelle évolutive des systèmes. Dans sa plus simple expression, il s'agit d'une suite d'étapes individuelles qui font qu'une procédure se répète à l'infini. La seule innovation que l'on constate dans la nature est le vecteur du temps. Le temps laisse ses traces dans l'art par les canons de la culture. Notre curiosité et notre désir de connaissance deviennent la culture d'un moment. La création de mes peintures rend compte de ce qu'est le monde depuis mon point de vue, aujourd'hui. Selon moi, l'art nous révèle quelque chose à propos de nous-mêmes que nous ne connaîtrions pas autrement.